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Psychanalyse

Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /Avr /2009 20:08

 

     On connait bi en le symptôme d’activité paradoxale de l’anorexie, qui manifeste une boulimie d’activités physiques ou intellectuelles la conduisant parfois à tomber d’épuisement. Je pense qu’on peut rattacher ce phénomène à ce que Esther Bick et Didier Anzeu ont appelés le phénomène de ; formation d’une seconde peau musculaire. Les auteurs soulignent la chose suivante : lorsque le bébé, pour diverses raisons, n’arrive pas à introjecter la fonction contenante de la mère, il va se défendre en s’investissant à travers un objet ou une sensation-lumière, voix, odeurs- ou alors, par la formation d’une seconde peau musculaire, qui serait peu ou prou l’équivalent corporel d’un faux-self. Cette seconde peau-musculaire correspondrait à ce qui, au niveau du visage de l’anorexique, se traduit pas la sensation de porter un masque- sorte de support corporel à l’image du faux-self.

J’ajouterais l’idée que cette seconde peau-musculaire (proche de la cuirasse musculaire décrite par W. Reich) est associé à des phénomènes de maîtrise anale. Elle apparaît aussi comme une défense contre  des angoisses de pénétration ou d’intrusion des projections voire de l’emprise de la sexualité ou des idéaux adultes. Elle se rattache à une tentative d’animation, voire d’érotisation du corps. Elle tend à pallier le sentiment d’un corps dont les parties sont peu reliées entre elles, un corps qui a du mal à assimiler les messages ou les aliments venus de l’extérieur. Elle représente également une défense contre l’image d’un corps dysharmonique, voire monstrueux par l’assemblage étrange des diverses parties qui le composent. Ajoutons que cette seconde peau-musculaire peu prendre une signification phallique. Mais ce phallicisme ne se rapporte jamais uniquement à l’angoisse de castration ; il est sous-tendu par une angoisse proche de la pénétration, du morcellement, de l’effondrement et du vide. La patiente dont je parlais plus haut manifestait, au moment même où sa défense par l’illumination chancelait sous l’effet de sa prise de poids, une tentative de se former une cuirasse musculaire en pratiquant des exercices physique compulsionnels, afin de se muscler le corps et de se le représenter en mouvement continu, élancé, voire en état de lévitation ; la vision peut être également celle d’un corps muni d’une armure de chevalier médiéval. (Le père, qui avait du faire face à la dépression maternelle, était manifestement présenté comme quelqu’un de « droit », d’intègre, de « chevaleresque ».)   Tout se passe comme si la défense, à travers une seconde peau musculaire, prenait le relais de la défense par l’illumination au moment où le corps prend du poids. Conjointement était apparu des fantasmes de dislocation corporelle, en raison d’une angoisse de la pénétration, ainsi que la recherche d’un reflet dans un double narcissique ; la sœur cadette de la patiente était considérée comme sa sœur jumelle. La formation de cette cuirasse ne peut être uniquement associée à un « défaut d’introjection de la fonction contenante de la mère » ; elle est également associée, sur fond de ce défaut, à une crainte de pénétration violente mettant en danger l’intégration du corps et du pénis paternel. La prise de poids (maintenant associé à un inceste oral avec le père) suscitait la formation de cette cuirasse dans le but de préserver les autres orifices corporels, notamment le vagin, d’une pénétration « explosive » et mortifère. Enfin, il faut se demander si le souci de se créer une peau-musculaire, ainsi que l’activité musculaire paradoxale, qui s’y associe, ne remplace pas les mécanismes de rétention anale, si importante chez l’anorexique en période de restriction alimentaire.  Le pôle actif du stade sadique anal, représenté par l’activité musculaire, se renforcerait, telle une tentative contre les fantasmes de pénétrations anales passives dont la recrudescence est favorisée par la prise de poids.

Vladimir Marinov, Anorexie, addictions et fragilités narcissique, Petite bibliothèque de psychanalyse, PUF, 2001, pp.44-46

Par Duddies - Publié dans : Psychanalyse
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Dimanche 19 avril 2009 7 19 /04 /Avr /2009 19:54

    A l'origine, l'hypothèse de l'existence de l'existence d'un nouveau mécanisme chez les patientes anorexiques, que j'ai nommé "défence par l'illumination" partait d'un type de psychothérapie bien particulier, à savoir une psychothérapie à travers la médiation du collage. J'avais constaté, dans les collages, mais aussi dans les rêves des anorexiques, une recherches pour mettre en évidence de images fortement éclairées, illuminées. Cette tentative s'opposait, ou même, entrait en conflit avec des images opaques, sombres, comme si l'illumination avait pour but de rendre les objets transparents et de les opposer à une "coloration dépressive". Le terme de défense par l'illumination présente, à mon avis, plusieurs avantages.
_ Tout d'abord, la défence par l'illumination est en étroite corrélation avec la défense par l'idéalisation, défense souligné par maints auteurs.
_ Elle suggère chez l'anorexique une affinité avec l'expérience de la naissance, affinité que certains auteurs ont décrite comme une expérience d'éblouissement lumineux.
_ Elle lie la régression vertigineuse de l'anorexique vers des zones érogènes prégénitales (oro-anales, pour reprendre une expression utilisée par A. Green) à la problèmetique phallique, jamais complètement a bsente. (Je rappellle que chez les Grecs, le phallus s'associait au symbolisme de la lumière et de la connaissance.)
_ Elle met en évidence, chez ces patientes, une quête caractèristique, en tout temps, des mystiques : la quête de la lumière.
_ Elle suggère que cette quête s'associe à un désir de savoir, l'illumination étant tout à la fois une opération défensive et une tentative pour dépasser cette opération. Eclaircir une énigme, ou plus exactement un secret, telle semble être la qu^te la plus dramatique de l'anorexique.
_ Elle montre que la  jouissance de l'anorexique ne se réduit pas à un orgasme de la faim (comme l'avait souligné Kerstenberg et Decobert jadis) mais qu'il y aurait, de surcroît, une tentative pour aboutir à un orgasme de l'oeil ou d'une vision intérieure, qui s'oppose à l'angoisse du vide maintes fois mises en évidence chez ce type de patientes.
    
     En effet, cette sensation lumineuse et ce type de défense s'exacèrbent aux moments des plus graves crises de restrictitions alimentaires. J'ai souvent pu constater qu'avec la prise de poids, les collages, les images et les fantasmes des anorexiques devenaient plus opaques. Ce fut le cas d'une de mes premières patientes, une jeune femme de dix-neuf ans hospitalisée à la suite d'une grave crise d'amaigrissement, avec laquelle j'ai utilisé la technique du collage. Sa propre mère avait été hospitalisée de nombreuses années auparavant, dans la même institution psychatrique, pour un état dépressif. D'emblée, mon attention a été attirée chez cette patiente par lle style des collages réalisés en pleine période restrictive. Le collage était aencé de façon rayonnante : au centre : apparaissait un soleil, ou l'image d'un femme, tout deux fortement éclairés, autour desquels gravitaient tous les autres éléments, images, sons, odeurs. Avec la prise de poids, les images s'assombrissaient de façon spectaculaires, comme si pous cette patiente, se nourrir équivalait à incorporer non seulement de la nourriture, mais aussi le "regard" dépressif de la mère. Le dernier collage réalisé avant la période d'assombrissement, plus ou moins total, représente une bouche stylisée en forme de triangle, avalant un pectre de couleur."

Ces remarques nous rappellent que lorsque l’enfant tète le sein de sa mère, il regarde son visage (voir Winnicott).

_ J’ajouterais à cette problématique de la défense par l’illumination un pôle que j’ai succinctement abordé dans une conférence intitulée « L’anorexique, une mystique laïque », que j’ai cité plus haut : l’idée que cette défense peut représenter une sorte d’appel à un tiers, un père idéalisé, céleste et lumineux, aux antipodes d’un père déchu, diabolique ou mort, bref, un père capable d’élever sa fille et de la défendre de l’emprise mortifère, sombre, noire, présente dans la relation avec sa mère ou sa lignée.

_ Il faudrait également s’interroger, à la suite de Lacan, sur la présence, dans tout conflit œdipien, d’un quatrième élément : la mort. Ce quatrième élément, qui surgit avec une force particulière et s’incarne pratiquement dans le corps de l’anorexique, est l’un des traits de son complexe œdipien. Ainsi, les parents ou les grands parents apparaissent-ils comme les maîtres de l’énigme de la mort, de l’inconnue de la mort (pour reprendre une expression de G. Rosolato). L’inconnue prend souvent l’aspect d’un mort inconnu de l’histoire familiale. Cet inconnu vient bloquer une perpective qui s’ouvre sur le passé ou qui se projette dans l’avenir, rivant ainsi l’anorexique à une recherche d’un bonheur présent perpétuel.

_ Ainsi, la défense par l’illumination, en plus de ses multiples significations, entretient-elle un rapport privilégié avec la problématique du deuil et d’un monde qu’on a nommé le monde des ténèbres. En effet, dans la majeure partie des mythologies, le monde des morts veut reconquérir le monde de la lumière. Pensons simplement aux grands yeux peints sur les sarcophages égyptiens…

_ Enfin, je remarquerais le caractère ambigüe de cette défense : elle possède à la fois un caractère de liaison, voire d’unification, de « narcissisation » de la personne de l’anorexique (c’est frappant au niveau des configurations dites rayonnantes des collages, lorsque les autres éléments découpés se regroupent autour d’un œil ou d’un soleil central). Mais cette liaison est mise en danger lorsque l’œil et le regard deviennent opaques, sombres, persécuteurs, vampire.

L’illumination possède une sorte d’ambiguïté entre la sensation corporelle, une quête de savoir et un type d’idéale ou de croyance. On parle d’un corps illuminé mais aussi d’un idéal lumineux, ou parfois tout simplement, avec une connotation péjorative, d’un illuminé.

Toutes ces remarques aboutissent à l’idée qu’il n’y aurait, dans l’anorexie, qu’une sorte d’addiction à la faim et au vide. Paradoxalement, cette sensation de vide est davantage ressentie par les boulimiques ou anorexiques boulimiques qui sont sujettes à des crises de boulimie, avec ou sans vomissements, que par les anorexiques restrictives. Chez les anorexiques, nous pouvons aussi mettre en évidence une addiction à l’illumination, où prédomine en fonction de l’histoire personnelle de chaque patiente, tantôt l’un, tantôt l’autre des aspects du mécanisme que nous venons de nommer.

Vladimir Marinov, Anorexie, addictions et fragilités narcissique, Petite bibliothèque de psychanalyse, PUF, 2001, pp.40-44

 

Par Duddies - Publié dans : Psychanalyse
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /Avr /2009 00:25

    
"Je vais essayer de définir, le plus simplement possible, les failles narcissiques chez l'anorexique : l'anorexique présente une sorte d'enveloppe corporelles et psychiquecaractérisée par une angoisse d'écoulement, de vidange, d'effonfrement. Si j'avais à choisir une image pour caractériser cette angoisse, je choisirais l'exemple d'un saignement ininterrompu, qui renvoie au symptôme de l'aménorrhée. Certains comme Didier Anzieu, ont parlé d'un Moi-peau passoire qui caractérisait certaines structures limites. J'ajouterais l'idée de vase communicants entre les divers orifices à caractères érogène qui participe à la génése d'un Moi peau psychique (bouche- anus sans doute, mais aussi oeil, sein, regard, musculature, toucher _ tout élément qui implique la possibilité d'un échange avec le monde externe, en terme d'incorporation- expultion ou introjection - expultion [...]. L'une des spécificité de l'anorexique est de n'utiliser parfois qu'une seule zone érogène, ou une fonction sensorielle en vue de maîtriser cet échange avec le monde externe. Ce qui a pour effet de produire une surcharge d'investissement libidinale (ou une tendance à la surcharge) de cettezone, comme si les zones qui n'avaient pas acqui un totale indépendance les unes par rapport aux autres. Cette surcharge est caractèristique du passage de l'anorexie à la boulimie où, me semble-t-il; l'investissementlibidinal du regard cède place à l'incorporation et à l'expulsion orale.

     L'imaginaire des anorexiques et boulimique est hanté par des corps monstrueux qui dépassent largement les références à l'espèce humaine. Cette monstruosité est justement influencé par le sur nvestissement de certaines zon hérogènes que je viens d'évoquer. Des monstres comme des ogres, les géants,  des vampires prennent parfoisune préniance qui rappelle les cauchemars de l'enfance. L'anorxique, humiliée par la soumission à de tels actes ou fantasmes qui dépassent toute possibilité des maitrise volontaires, tend à se défendre par le biais d'une "narcissisation de l'esprit" : travail scolaire intensif, tentative de faire le vide autour de soi pour devenin plus léger plus psirituel, crise mysthique de l'adolescance. [...]. Cette tentative de vide est appelé la narcissication." En rapport avec ce vide et avec cette tendance à le remplir et à le narcissiser, à le "positiver", apparaît un phénomène que j'ai appelé la défence par l'illumination."

Vladimir Marinov, Anorexie, addictions et fragilités narcissiques, PUF, 2001

Par Duddies - Publié dans : Psychanalyse
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /Avr /2009 00:11

    
      Toxicomanies, alcoolisme et autres dépendances ... le même vocable d' "addictions" les réunit aujourd'hui. Par son étymologie latine, l'addiction évoque l'esclave pour dette, l'esclave par le corps, le fait de donner son corps en gage d'une dette impayée. L'addiction est-elle une nouvelle forme de dette psychique ou engage-t-elle le corps tout entier, poussant le narcissisme jusqu'à son extrême fragilité ? Par leur parenté psychopathologique, les troubles de conduites alimentaires (notamment l'anorexie) montrent qu'il existent des "addictions sans drogue", sans prise de produit toxique. L'anorexie ne met-elle pas en lumière l'addiction dans un état qui implique le refus de toute incorporation materielle ?

Vladimir Marinov, ...Anorexie, adiction et fragilités narcissiques, Petite bibliothèque de psychanalyse, PUF, 2001

Par Duddies - Publié dans : Psychanalyse
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