Alimentation : plaisir divers et multiples
L’apprentissage de se nourrir se fait par le plaisir mais il n’est pas qu’alimentaire.
De la naissance de la vie à la naissance du plaisir
Apprendre à manger se fait dès la naissance, mais pour qu’il soit optimal cet apprentissage doit impliquer une relation forte entre celui qui donne (mère) et celui qui reçoit (bébé). A la naissance, le bébé ne peut évidemment pas se nourrir tout seul, il dépend totalement de sa mère jusqu’à l’âge de deux ans. Lorsqu’il ressent la faim (malaise due au taux de sucre trop bas dans le sang), il pleure pour se manifester et se faire comprendre de sa mère (bébé a faim !). Pour être sûr d’être nourri, il doit donner envie à la mère de le faire. Et être aimé, c’est plutôt une bonne idée. Quand on y regarde de plus prés, le nourrisson s’en donne à cœur joie : il pleure, sa mère paraît et il sourit.
Combler un manque, éprouver du plaisir
Pour reprendre, le bébé a un manque (faim) et il souffre (pleure). Sa mère arrive et lui donne du lait : l’enfant ressent alors du plaisir et il sourit. Grâce à cela le bébé apprend deux choses : 1) à anticiper : le manque devient alors supportable puisqu’il sera comblé et remplacer par le plaisir, 2) manger éteint le plaisir et le désir. Ainsi puisqu’il sait que sa mère va revenir pour le nourrir, il va pouvoir : ne pas angoisser et « faire naître le désir du manque » (j’ai un manque mais Maman va revenir et se sera bon). Cette situation primitive et archaïque est faite de façon à entretenir ce cercle de dépendance mais aussi se transformer en une avidité alimentaire qui donne une signification à la boulimie et à la compulsion, ou encore à la peur de la dépendance avec l’anorexie mentale.
Combler un manque, éprouver de la peur
La séquence « manque-désir-faim » est pour tous la même à partir du premier repas donner au bébé. Ce qui va différer c’est le la relation entre celui qui donne et celui qui reçoit : faute d’avoir intégré le plaisir d’être nourri ou parce qu’il sent une angoisse chez celui qui lui donne à manger. L’enfant n’est plus tout à fait sûr qu’il sera de nouveau nourrit. Deux réactions vont se produire : issue de la peur de la non répétition, l’enfant va chercher à répéter le plus possible l’acte ou bien il va s’installer dans le refus. Cela peut réapparaître à l’adolescence, période où l’on se forge de nouveaux repères et où les filles se transforment en femmes donc en « nourricières ».
Manger : acte du plaisir et de l’amour
Donc, d’après tout ce que je viens d’écrire, la nature a fait confiance en l’apprentissage de l’alimentation par les parents au lieu de mettre en place des conduites alimentaires répondant aux besoins concret du corps. Il nous faut savoir comment couvrir nos besoins nutritionnels grâce à nos désirs sensoriels et affectifs. Des hormones vont être alors libérées pour stimuler ses désirs ou les calmer : amphétamines ou morphine. Elles ont un impact direct sur notre humeur, nos sensations et bien sûr, sur notre appétit, en effet, l’endorphine (qui calme la douleur) et l’amphétamine (qui diminue le sommeil et la faim) sont produites en réaction à des stimuli provoqués par les aliments. Nous apprenons à manger par plaisir et pas seulement par faim. Nous nous accordons du plaisir. C’est cela qui rend le fait de manger si riche (partage) et si souple (possibilité de diversification), mais si fragile (en cas de maladie par exemple). Ainsi les carences ne sont pas « détectées », nous apprenons à les prévenir (« boire du lait est bon pour les os et pour la croissance » est une façon d’apprendre que le corps a besoins de calcium pour le squelette et que le lait en est riche). Cet enseignement « souple » entièrement laissé à la responsabilité des parents est très efficace mais tient ses bases d’une relation de plaisir et d’amour qui se révèle un système fragile.